Un engagement fiscal gravé dans le marbre, sans échappatoire ni raccourci. Voilà ce que promet la loi Duflot : réduction d’impôt uniquement pour neuf ans de location, pas un de moins, pas un de plus. Les investisseurs ayant fait ce choix n’ont pas droit au chapitre des assouplissements introduits plus tard par la loi Pinel, malgré les appels insistants à plus de flexibilité.
Acquisition, location ou revente d’un bien sous Duflot s’accompagnent d’un lot de règles strictes. Plafonds de loyers rigoureux, sélection des locataires selon leurs ressources : rien n’est laissé au hasard. La vigilance reste de mise pour qui veut revendre, car la pérennité de l’avantage fiscal ne survit pas à tous les scénarios de transmission.
Loi Duflot : comprendre le dispositif et ses objectifs pour l’investissement locatif
Initiée en 2013 par Cécile Duflot, alors ministre du logement, la loi Duflot s’est imposée comme un levier fort pour dynamiser l’investissement locatif dans des logements neufs sur l’ensemble du territoire, avec une attention particulière portée aux zones tendues. Des villes comme Paris, Marseille, Montpellier ou Lille, mais aussi des secteurs classés zone A, A bis, B1, faisaient face à un déséquilibre chronique entre nombre de logements et besoins réels des habitants.
Ce dispositif a mis l’accent sur la construction de résidences neuves, à haute performance énergétique, le fameux label BBC (bâtiment basse consommation) en point de mire. L’objectif était double : accélérer la transition énergétique à l’échelle nationale, et faciliter l’accès des ménages modestes ou intermédiaires à des logements abordables, grâce à un encadrement des loyers et une sélection des locataires selon leurs ressources.
Les contours de la loi Duflot reposent sur plusieurs éléments précis :
- Un engagement de location ferme de neuf ans, sans possibilité de choisir une période différente ;
- Des plafonds de loyers variables selon la localisation (zone A, A bis, B1, B2) ;
- L’obligation de choisir des locataires dont les revenus n’excèdent pas un plafond de ressources ;
- Une réduction d’impôt calculée sur le prix d’acquisition, qui vient alléger l’impôt sur le revenu du propriétaire bailleur.
En instaurant ce dispositif, l’État voulait à la fois stimuler la construction dans les grandes villes, limiter la spéculation immobilière et mieux répondre à l’urgence du logement. La définition loi Duflot s’est ainsi inscrite dans une volonté d’action publique ciblée, avant de céder la place à la loi Pinel dès 2014.
Quels critères d’éligibilité et avantages fiscaux pour les investisseurs ?
Pour profiter de la réduction d’impôt offerte par la loi Duflot, il faut répondre à un cahier des charges précis. D’abord, le logement doit être neuf ou acheté en état futur d’achèvement (VEFA), et situé dans l’une des zones éligibles : zone A, A bis, B1 ou, sous conditions, certaines communes de B2. Le bien doit aussi respecter des standards énergétiques stricts, comme la certification BBC 2005.
L’investisseur s’engage à louer le logement, vide, à titre de résidence principale, pendant au moins neuf ans. Chaque année, les plafonds de loyers sont réévalués en fonction de la zone géographique. Par exemple, en zone A bis, le loyer maximal au mètre carré est fixé par décret. Ces limitations garantissent des loyers accessibles et évitent les effets de rente sur le marché locatif.
Le choix du locataire n’est pas laissé au hasard : les ressources du foyer doivent rester sous un certain plafond, adapté à la composition du ménage et à la localisation du bien. Cette condition permet de cibler la défiscalisation immobilière vers ceux qui font réellement face à la tension sur le logement.
La carotte fiscale ? Une réduction d’impôt sur le revenu équivalente à 18 % du prix du bien (dans la limite de 300 000 euros et d’un plafond de 5 500 euros/m²), répartie sur neuf ans. Par ailleurs, il n’est possible de bénéficier de l’avantage fiscal que sur deux acquisitions par an et par foyer fiscal. En Outre-Mer, la réduction grimpe à 29 %.
Lois Duflot ou Pinel : quelles différences pour votre projet immobilier ?
L’arrivée de la loi Pinel a bouleversé le paysage de l’investissement locatif. Si les deux dispositifs partagent un même objectif, soutenir la construction de logements neufs dans les zones tendues,, la Pinel a introduit une plus grande souplesse.
Premier changement notable : la durée de l’engagement. La loi Duflot imposait neuf ans, point final. Avec la loi Pinel, les investisseurs peuvent désormais choisir : 6, 9 ou 12 ans, avec un taux de réduction d’impôt adapté à la durée retenue.
Autre avancée significative : il est devenu possible de louer à un enfant, un parent ou un autre membre de la famille directe, sous réserve que celui-ci ne soit pas rattaché au foyer fiscal du bailleur. La Duflot n’autorisait pas cette option, limitant ainsi certaines stratégies d’optimisation patrimoniale.
Les plafonds de loyers et de ressources restent en vigueur, mais la loi Pinel a permis un ajustement plus fin aux réalités des marchés locaux. Quant au zonage, il cible toujours les zones A, A bis et B1, mais exclut davantage les secteurs ruraux moins tendus.
| Critère | Lois Duflot | Lois Pinel |
|---|---|---|
| Durée d’engagement | 9 ans | 6, 9 ou 12 ans |
| Location à un membre de la famille | Non | Oui |
| Taux de réduction d’impôt | 18 % (9 ans) | 12 %, 18 % ou 21 % (6, 9, 12 ans) |
Adoptée dès septembre 2014, la loi Pinel a repris le flambeau de la Duflot, conservant l’intention de doper la construction tout en assouplissant le cadre pour séduire un plus large public d’investisseurs.
Vente ou revente d’un bien sous loi Duflot : ce qu’il faut savoir aujourd’hui
Depuis l’instauration du dispositif Duflot, le marché a poursuivi sa transformation. Ceux qui souhaitent céder un bien acheté sous ce régime doivent s’attarder sur plusieurs points clés. L’engagement locatif reste la première barrière : une vente avant neuf ans fait perdre l’avantage fiscal, sauf circonstances exceptionnelles (décès, invalidité, licenciement). Une fois la période d’engagement écoulée, il devient possible de revendre sans contrainte sur la réduction d’impôt obtenue.
Quelles conséquences pour le nouveau propriétaire ?
Si un acquéreur rachète un bien ayant profité de la loi Duflot, il n’aura pas droit à la réduction d’impôt. Ce bénéfice s’éteint avec le premier propriétaire. En revanche, la localisation du bien, souvent en zone tendue, reste un argument de poids pour valoriser son patrimoine, préparer une retraite ou anticiper une transmission de patrimoine.
Voici les principaux points à contrôler lors d’une revente :
- Respect de l’engagement locatif initial, sous peine de redressement fiscal ;
- Vérification des conditions du bail en cours, notamment les plafonds de loyers et ressources du locataire ;
- Analyse du prix du logement et de la dynamique du marché immobilier local.
Il arrive que la revente d’un bien sous loi Duflot se traduise par une légère décote, du fait des contraintes encadrant la location. Toutefois, la rareté des logements bien situés et respectant les normes BBC, surtout en zones à forte demande, limite ce phénomène et conforte l’intérêt patrimonial du dispositif.
La loi Duflot, avec son lot d’exigences et de promesses, a balisé le chemin de nombreux investisseurs. Ceux qui s’en sont saisis ont parié sur la stabilité et la sécurité d’une stratégie encadrée. Aujourd’hui, la page s’est tournée, mais les logements qui en sont issus continuent d’animer le marché, témoins d’un temps où l’État dictait la règle du jeu… et où chaque engagement comptait double.


