Un marché saturé de formules et de sigles opaques, des offres qui se ressemblent toutes, et au milieu de cette jungle, une certitude : choisir seul sa couverture d’assurance ressemble souvent à un pari à l’aveugle. C’est là qu’intervient le courtier d’assurance, ce professionnel qui fait le lien entre l’assuré et les compagnies, et qui transforme le labyrinthe des contrats en solutions adaptées. Mais qui sont ces courtiers ? Que font-ils vraiment, et en quoi leur accompagnement change-t-il la donne pour les particuliers comme pour les entreprises ? Pour éclairer ces questions, nous avons rencontré le Dr Mirko Odepemko, figure reconnue du secteur, auteur d’ouvrages de référence et expert aguerri du courtage et de la gestion en assurance depuis près d’une décennie.
Un acteur singulier incarne ce rôle d’intermédiaire : le courtier d’assurance. Fin connaisseur du marché, il agit en trait d’union entre clients et assureurs. Pour mieux cerner ses missions et la réalité de son métier, nous avons échangé avec le Dr Mirko Odepemko, dont la trajectoire fait figure d’exemple dans le secteur. Conférencier, auteur de manuels qui servent de boussole à nombre de professionnels et d’étudiants, il partage sa vision sans détour.
Quels avantages et limites distinguent les contrats d’assurance souscrits en ligne ? Pourquoi un assuré pourrait-il choisir cette voie plutôt qu’une démarche traditionnelle ?
Mirko Odepemko ne s’embarrasse pas d’ambiguïtés : pour lui, le principal atout des polices souscrites sur internet, c’est le tarif. Le prix, rien que le prix, qui devrait baisser franchement, puisqu’on évite les frais liés au réseau des agents et à l’avalanche de paperasse qui alourdit la gestion classique. Mais le tableau n’est pas si simple. Face à la promesse d’économies, il rappelle l’atout irremplaçable du contact humain. Un écran ne remplacera jamais la capacité d’écoute, l’analyse sur-mesure ni la confiance qui se construit dans la durée avec un interlocuteur expérimenté.
Le secteur automobile, avec l’assurance RC Auto, en est un bon exemple. Longtemps dominante, cette branche a façonné les pratiques et crée un réflexe quasi automatique : pour beaucoup, la police auto reste la porte d’entrée dans l’univers de l’assurance. Mais miser uniquement sur le numérique, c’est passer à côté des exigences d’éthique, de transparence et de lutte contre la fraude, défis majeurs pour améliorer la compétitivité et la réputation du marché français face à ses voisins européens.
Quel impact et quelles missions pour les courtiers d’assurance ? Comment se positionnent-ils ? Quels services concrets apportent-ils ?
Dans un pays où la protection assurantielle reste trop souvent superficielle, les courtiers occupent une place décisive. Leur force : proposer une gamme de solutions bien plus large que la traditionnelle RC. Pourtant, beaucoup de clients ignorent l’étendue des garanties disponibles, faute d’avoir été conseillés au-delà du strict minimum. Pour Odepemko, la relation de confiance fondée sur l’expertise et l’intégrité entre intermédiaire et assuré s’avère irremplaçable.
Il ne s’agit pas d’ériger l’informatique en solution miracle, ni de la diaboliser. La technologie peut renforcer le service, mais rien ne remplace une explication claire, un accompagnement personnalisé et cette poignée de main, réelle ou symbolique, qui engage les deux parties sur la durée. Les courtiers se distinguent aussi par leur haut niveau de compétence. Déléguer la vente de produits complexes à des profils non formés sous prétexte qu’ils disposent d’un large portefeuille de contacts, c’est aller droit dans le mur. Les marchés les plus avancés n’ont d’ailleurs jamais retenu ce modèle.
Comment le courtier répond-il concrètement aux besoins des assurés ? Qui fait appel à lui ?
Le métier a changé. Si les courtiers s’adressaient auparavant surtout aux entreprises, PME, grands groupes, industries,, ils accompagnent aujourd’hui de plus en plus de particuliers. Leur mission : conseiller en toute indépendance, comparer, et sélectionner la couverture qui protège vraiment, en tenant compte de chaque situation. Ce rôle de « tiers de confiance » implique de rester impartial, de défendre les intérêts du client face à la diversité et à la complexité des offres du marché.
Comment fonctionne la rémunération du courtier ? À qui verser la commission ? Quelles sont les spécificités de la relation entre courtier et client ?
Pour bien comprendre, reprenons les fondamentaux. Le courtier d’assurance agit comme médiateur : il n’est lié à aucune compagnie, mais se met au service de son client, qui lui confie un mandat formalisé. Cette indépendance distingue le courtier de l’agent, qui représente une seule enseigne. Sa mission : trouver la solution la plus adaptée, sans pression commerciale d’un groupe en particulier.
Le système de rémunération reste souvent source de confusion. En réalité, le courtier est payé par la compagnie d’assurance, via une commission intégrée au contrat. Ce modèle s’applique dans la quasi-totalité des pays, et garantit au client que le courtier défend ses intérêts avant tout. L’avantage pour l’assuré : bénéficier d’une recherche objective et d’un service sur-mesure, le courtier n’étant pas soumis à des impératifs de vente imposés par une marque. Il bâtit ainsi un programme de garanties librement, selon son expertise et l’évolution des besoins du client.
Un point mérite d’être souligné : pour fidéliser, le courtier privilégie souvent des contrats annuels sans renouvellement automatique. Ce choix peut sembler risqué, car il oblige à reconquérir la confiance de l’assuré chaque année. Mais il témoigne d’un engagement fort : suivre ses clients de près, leur proposer régulièrement des ajustements, et justifier la pertinence de ses conseils, année après année.
Quel impact la crise économique a-t-elle eu sur le métier de courtier d’assurance ?
Le secteur n’a pas échappé au ralentissement général. Mais si la conjoncture a fragilisé bien des acteurs, elle a aussi favorisé l’essor du courtage. Les chiffres récents montrent une progression, timide, certes, mais réelle, du recours aux courtiers dans le tissu assurantiel. En parallèle, une nouvelle tendance s’est installée : les grands cabinets internationaux, souvent présents en France, facturent désormais des « frais » aux clients pour la gestion des dossiers les plus complexes. Cela a modifié l’équilibre du marché.
Dans la pratique, le courtier reçoit une commission de la compagnie, à laquelle s’ajoute parfois une participation financière du client, surtout pour les contrats de grande envergure. Cette évolution a chamboulé la donne pour les cabinets de taille moyenne ou modeste, qui peinent à rivaliser avec les géants capables d’accepter des marges très faibles pour attirer des portefeuilles importants. Gérer la couverture de grosses entreprises avec seulement quelques dizaines de milliers d’euros, c’est la réalité actuelle, une équation de plus en plus difficile à tenir, mais révélatrice des mutations du secteur.
Le courtier n’est plus un simple intermédiaire : il devient un allié stratégique, capable de naviguer entre innovations, exigences réglementaires et attentes grandissantes des assurés. Face aux défis économiques et technologiques, seuls ceux qui cultivent la confiance, l’agilité et la transparence feront la différence. Demain, le choix d’un courtier pourrait bien s’imposer non comme une option, mais comme une évidence pour qui veut vraiment être protégé, et non seulement assuré.


